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Bulletin de l'Amitié de décembre 1986, extraits

Tableau des cultes

7 J. CHARDARD
14 P.-J. RUFF
21 M. BOSS
25 Cène P.-J. RUFF
28 P.-J. RUFF
4 Janvier P.-J. RUFF


Message de Noël

Vous trouverez un enfant (Luc II, 12)

Un enfant. Quoi de plus banal, même dans une société en perte démographique ? En même temps, quoi de plus enthousiasmant, pour qui est amoureux de la vie ? La foi est ce trait d’union, cette passerelle qui fait passer du plus commun à l’extraordinaire. Trouver un enfant, il n’y a là rien de bien original. Simultanément, il y a là la voir la plus noble, celle qui invite à tous les espoirs, à tous les renouveaux, à toutes les reconnaissances.
En ce temps de Noël, trouverons-nous un enfant ? Retrouverons-nous notre enfance ? Trouverons-nous l’Enfance et toute sa promesse de jeunesse, d’espérance, de confiance et de joie ?
Il est vrai, l’enfant de Bethléem n’est pas n’importe quel enfant. Cet enfant est ainsi le sauveur du monde. Pourtant nous ne sommes assurés de le reconnaître et de l’agréer que s nous le retrouvons en chaque enfant présent sur notre route.
« Père, dit Jésus, je te loue de ce que tu as caché ce qui concerne ton Royaume aux sages et aux intelligents et de ce que tu l’as révélé aux enfants. »
Il est long le chemin qui mène aux rives de l’enfance, là ou tout devient simple, vrai et lumineux ! Malgré cela et à cause de cela, bonne route pour chacun !

Pierre-Jean RUFF

Fête de Noël

Vous êtes tous attendus autour de l’arbre de Noël Samedi 13 décembre à 16 heures.
Cette rencontre n’est pas spécialement pour les enfants, mais pour tous ceux qui, en présence de Noël, se sentent une âme d’enfant.
Comme les années précédentes, chacun est invité à offrir un paquet-cadeau qui sera remis , par l’intermédiaire du Conseil de l’Entraide, à des enfants dont la famille est dans le dénuement. (Indiquer l’âge du destinataire avec la mention fille ou garçon).
Autour de l’arbre, il y aura :

  • Des chants,
  • De l’orgue,
  • Un jeu scénique par les enfants de l’école biblique,
  • Un conte,
  • Un petit buffet …

Soyez des nôtres avec de la joie au cœur, ou pour le moins, avec l’attente d’une révélation de Lumière !


Calendrier paroissial

  • Mercredi 10 décembre à 19h30 : Réunion du Conseil Presbytéral.
  • Jeudi 11 décembre à 20h30 : Cercle d’étude sur l’histoire du protestantisme : de la Saint-Barthélémy à l’Edit de Nantes.
  • Vendredi 12 décembre à 20h45 : Etude biblique (Luc 3 et 4 : Jean-Baptiste, le baptême et la tentation de Jésus).
  • Samedi 13 décembre : Fête de Noël (voir l’annonce particulière).
  • Dimanche 14 décembre à 9h15 : Comité de l’Entraide.
  • Dimanche 14 décembre à 16h : Concert. Chœurs, orchestre et orgue. Œuvres de Charpentier, Dacquin, Corrette, Buxtehude, Bach. Chorale Laudate Dominium et orchestre des jeunes de Fontainebleau. A l’orgue : Jean-Jacques Prévost et Nicole Palmieri.
  • Mercredi 17 décembre à 20h30 : Groupe de recherche théologique. Introduction à la lecture des œuvres de Wilfred Monod par le Professeur Laurent Gagnebin.

À noter

  • Le comité du Diaconat a été très éprouvé, après la perte de Pierre Mopin, par celle de Didier Cuau. En revanche, il se réjouit du recrutement de Monique Buclet, et de Roselyne Doret qui en devient la trésorière.
  • Emission Evangile et Liberté sur Fréquence Protestante 100,2 MHz : Samedi 6 décembre à 10h15 : « Le massacre des innocents » par Pierre-Jean Ruff et Philippe Vollot. Toujours sur Fréquence Protestante, étude biblique mardi 23 décembre à 9h15 : « l’adoration des mages à Bethléem » (Matthieu II, 1-12) avec P.J. Ruff et Yvan Robert-Garouel.
  • Jean Chardard qui prêchera au Foyer de l’Âme le 7 décembre, est pasteur à Massy-Palaiseau et Président du Consistoire sud-est.
    Marc Boss, qui présidera le culte du 21 décembre, est l’étudiant en théologie qui occupe le logement du sixième étage de notre immeuble paroissial.
  • Cadeaux de Noël. Comme chaque année, le Comité d’Action Sociale Protestant de la région parisienne propose aux paroissiens de confectionner un colis destiné aux enfants de détenus. Il s’agit de faire un paquet-cadeau pour des enfants, garçons ou filles, de 1 à 14 ans environ, dans lequel on mettra, par exemple, une poupée, des friandises, une auto-miniature, une montre… Ces colis seront expédiés par les paroissiens eux-mêmes aux noms et adresses qui leur seront communiqués, début décembre, à la sortie du Culte ou en écrivant au Conseil de l’Entraide du Foyer de l’Âme. Merci d’avance aux nouveaux participants et notre reconnaissance aux amis fidèles de ce geste annuel.

Einstein Ou le paradoxe du savant

« Je ne fais pas le bien que je veux
Et je fais le mal que je ne veux pas
»
Romains VII, 19

Pourquoi dans une publication religieuse un article, fût-il succinct comme celui-ci, sur Einstein ? Parce qu’il m’a été demandé, et cela sans doute pour que nous amorcions une réflexion à partir du destin on ne peut plus paradoxal de cet homme hors du commun. A l’heure qu’il est, en effet, nous ne savons toujours pas encore si l’humanité doit se réjouir de l’avoir compté parmi les siens ou le déplorer. Certes ses découvertes ont permis à la pensée humaine de franchir un seuil décisif sur le chemin de la connaissance, mais il se trouve que ce seuil ouvrait également sur le champ périlleux des équivalences entre la matière et l’énergie, c’est-à-dire sur les activités nucléaires.
Qui était donc Einstein ? Qu’a-t-il découvert ? Où est le paradoxe ?

a.) Qui était-il ?

Il était né à Ulm, en Bavière, le 14 mars 1879, de parents juifs allemands non pratiquants. Son père et son oncle, petits industriels d’électrochimie installés d’abord à Münich, durent à la suite d’une faillite émigrer à Milan.
Après quelques vicissitudes scolaires, Einstein fut admis en 1895 à l’Institut Polytechnique de Zürich. Diplômé en 1900, ayant acquis en 1901 la nationalité suisse, il trouva, après deux années de semi-chômage, un poste d’ingénieur à l’Office fédéral des brevets d’invention de Berne. Cet emploi modeste lui permit cependant de vivre décemment et de poursuivre ses propres recherches.
En 1905, il soutint avec succès sa thèse de doctorat. Mais surtout en cette même année, il publia dans les Annales de physique sa théorie de la relativité restreinte qui a inauguré une nouvelle ère dans notre compréhension de l’univers.
Onze années plus tard, en 1916, il formula, en complément et dans les mêmes Annales la « théorie de la relativité générale » qu’il considéra toujours comme l’œuvre majeure de sa vie. Le Prix Nobel lui fut attribué en 1921, non pas comme on le croit généralement pour ses découvertes relativistes qui, en attendant des confirmations expérimentales, étaent encore fort controversées, mais pour ses travaux annexes sur la photo-électricité.
Dés lors son audience devint mondiale. Ajoutons que de 1909, année où il quitta l’Office fédéral de Berne, à 1933, il occupa successivement des chaires de plus en plus renommées en Suisse, en Tchécoslovaquie et en Allemagne. Mais en janvier 1933, alors qu’il effectuait une tournée de conférences aux Etats-Unis, il apprit l’arrivée au pouvoir, à Berlin, d’Adolf Hitler et de ses gens. Il décida sur le champ de ne plus retourner en Allemagne, où d’ailleurs il avait déjà essuyé des nasardes alarmantes.
Après quelques hésitations sur le choix d’un poste au Danemark auprès de Niels Bohr, à Bruxelles où le couple royal le tenait en grande amitié, à Paris où il comptait des amis, notamment au Collège de France, il accepta la chaire que l’Amérique lui offrit à l’Institut de recherche avancées de Princeton avec une rémunération annuelle de cinquante mille dollars alors que lui-même en demandait cinq mille. En effet il a toujours manifesté le plus grand détachement à l’égard de l’argent comme aussi du logement, de l’ameublement ou même de la tenue vestimentaire. C’est ainsi qu’il ne porta pratiquement jamais de chaussettes, se déplaçant pieds nus dans des souliers qui lui étaient d’autant plus agréables qu’ils étaient plus éculés. On peut dire qu’il a parcouru tout le chemin qui va de l’anonymat à la notoriété mondiale lesté seulement d’un stylo, d’un crayon, d’un carnet noir, de quelques pipes et de son violon.
Et sa vie privée ? En 1903, il avait épousé une mathématicienne serbe, Mileva Maric, son ancienne condisciple à Zürich. Il en eut deux enfants : Hans-Albert (1904) et Edouard (1910) dont il ne s’occupa pratiquement jamais.
Le ménage ne fut pas heureux et se défit en février 1919. Néanmoins en 1921, lorsqu’il reçut le prix Nobel, Albert Einstein en partagea le montant entre Mileva qui élevait ses deux fils, dont le second était né schizophrène, et des œuvres de bienfaisance.
En juin de la même année, il se remaria avec sa cousine germaine Elsa, bien plus apte à supporter son caractère. Malheureusement pour lui, elle mourut en 1936. Désormais la solitude morale d’Einstein fut adoucie par la présence de sa propre sœur, Maja, mais elle aussi disparut avant lui.
Albert Einstein s’éteignit lui-même le 18 avril 1955. Il avait fait don de son corps à la science, laquelle n’en conserva que le cœur et le cerveau. Le reste fut incinéré.
L’étude objective de sa biographie ne permet pas de trouver dans la vie privée de cet homme, « monstre sacré » s’il en fut un, autre chose qu’un égocentrisme effréné où tout (épouses, enfants, parents, amis) a été subordonné à sa constante dévorante préoccupation d’arracher à l’inconnu les secrets de la matière, du temps, de l’espace et de l’univers : « Je suis comme une taupe qui a une galerie à creuser », expliquait-il un jour à Mileva excédée, « je suis né pour faire une certaine chose. C’est mon lot. Je m’y soumets ». Bien que cette déclaration dût peu réconfortante pour sa femme, on ne peut en nier la sincérité patéthique.
Einstein n’eut jamais de véritable patrie : né allemand, il avait été classé sur sa demande apatride, puis se fit naturaliser suisse, reprit la nationalité allemande après la première guerre mondiale et devient enfin citoyen américain au cours de la Seconde. Quant à sa langue, bien qu’il n’eût aucune difficulté à s’exprimer ou même à discourir en français et en anglais, c’est l’allemand qu’il maniait avec le plus d’aisance.

b.) Qu’a-t-il découvert

Je ne vais naturellement pas, dans le cadre qui m’est imparti, entreprendre de disséquer les différentes composantes de la relativité einsteinienne. Tous ceux que le sujet intéresse trouverons facilement en livres de poche des ouvrages très accessibles à tous points de vue. Seules donc seront abordées ici les conclusions majeures et la façon très personnelle dont Einstein a exploré l’inconnu. En bref, la relativité, dès sa première expression, dite restreinte, par l’inventeur lui-même, a évacué le caractère absolu de tout ce que, jusqu’à la fin du XIXème siècle inclusivement, la science avait considéré précisément comme des absolus : l’espace, le temps, la matière, l’énergie et, par voie de conséquence, l’univers lui-même dont, à dire vrai, on ne savait pas grand-chose quant à ses limites et à son contenu.
En revanche, cette théorie était porteuse de deux révélations extraordinaires, dont l’une même allait se révéler explosive :
1. la vitesse de la lumière dans le vide est un maximum qui ne peut être en aucun cas dépassé et qui donc constitue le seul véritable absolu physique.
2. La matière et l’énergie sont liées par l’équation devenue mondialement célèbre : e=mc2, où e représente l’énergie, m la masse d’un objet quelconque et c la vitesse de la lumière. La matière est donc de l’énergie condensée, et l’énergie, de la matière qui se dissipe. Cette équation est l’acte de naissance de l’ère nucléaire.
Cela dit, approfondissant au cours ans ses thèses premières, Einstein aboutissait en 1916 à la relativité générale qui impliquait un univers à quatre dimensions courbe et fini, c'est-à-dire plus ou moins ellipsoïdal et dont les axes se mesuraient en milliards d’années-lumière. Jusque-là l’astronomie, mère des sciences, avait essentiellement entrepris le catalogue de tous les astres et phénomènes que le regard de l’homme d’abord, puis les télescopes optiques, avaient permis de saisir « dans les cieux ». De toute évidence, la connotation mystérieuse donnée au mot « cieux » indiquait bien que l’on ne s’en faisait aucune représentation d’ensemble. Il revenait à la cosmologie de l’élaborer, son rôle n’étant pas d’étudier les objets célestes un par un comme le fait l’astronomie, mais l’univers dans sa totalité.
Et précisément en fournissant un premier modèle cohérent d’univers, Albert Einstein posait les fondements de la cosmologie scientifique. Désormais, grâce à lui et à ceux qui ont continué son œuvre, on ne peut plus souscrire à la pensée si connue de Pascal : « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie ». Nous savons maintenant que l’univers matériel n’est ni éternel, ni infini, ni effrayant et pas davantage silencieux.
Cette mise au point a le mérite, entre autres, de nous soustraire à la confusion entretenue pendant si longtemps entre d’une part les cieux des oiseaux, des nuages ou des astres, qui constituent l’univers sensible et, pour grand qu’il soit, mesurable, et d’autre part la demeure de l’Eternel, le Royaume de Dieu, qui se situe sur un tout autre plan de l’être.
Comment donc travaillait Einstein ? Le grand physicien anglais Sir J. J. Thompson, Prix Nobel 1906, nous donne la réponse : « Par la seule force de l’intuition et du raisonnement ; il a rendu compte exactement des lois de l’univers qu’aucune expérience et aucune observation ne lui permettaient alors d’établir ».
Einstein pensait que l’univers était régi par un principe d’harmonie réductible à quelques lois élémentaires qui étaient à la mesure dans son esprit comme s’il se mettait à la place de Dieu créant le monde en se disant : qu’aurais-je fait moi-même ? C’est la raison pour laquelle, ayant découvert la théorie de la relativité, il déclara un jour en toute sérénité que que , si l’expérience n’avait pas confirmé son hypothèse, il n’aurait pas manque de penser « que pour avoir oublié de se servir d’une théorie aussi simple et juste, Dieu avait été, décidément, bien distrait ». Il ajoutait : « La nature est la réalisation de ce qu’on peut imaginer de plus simples mathématiquement… Dieu ne joue pas aux dés ». On pourrait presque dire que sa contemplation des structures mathématiques données par le Créateur à l’unives a fait de lui un mystique d’un nouveau type : « Il n’ya pas d’émotion plus belle que d’approcher du mystère de la nature. A l’instant où, sous vos yeux, elle accepte d’écarter un peu le voile, on ressent une sorte d’émerveillement qui est sûrement très proche de la pure joie religieuse ».
En tout état de cause, ses théories relativistes ont été élaborées sans aucune base expérimentale, par intuition, presque par divination. Il leur taillait après coup un vêtement mathématique bien ajusté, mais ne doutait jamais de leur exactitude : « Je sais bien » répétait-il souvent, « que Dieu est subtil, mais je ne peux croire qu’il soit trompeur ». Cette phrase a été gravée sur le linteau de la cheminée dans la salle des professeurs de mathématiques de Princeton.
Au cours des années, les confirmations expérimentales arrivèrent effectivement les unes après les autres faisant tomber progressivement les réticences, éteignant les controverses. Cependant, lorsque ces confirmations étaient apportées à Einstein, fût-ce par un émissaire prestigieux, comme par exemple Sir Arthur Eddington à propos des anomalies de rotation de la planète Mercure dont la relativité, contrairement à la loi de Newton, rendait parfaitement compte, il ne marquait aucune satisfaction particulière. Il estimait en effet, à priori, que sa théorie devait être juste de toute façon comme si le Créateur lui avait « soufflé » personnellement les réponses aux problèmes qui s’étaient posés.
« Le véritable homme de science, affirmait-il, est tout imprégné d’un sentiment religieux cosmique », ou encore : « A notre époque matérialiste, les travailleurs scientifiques sérieux sont les seuls hommes qui soient profondément religieux… Etre religieux, c’est mieux comprendre l’ordre du monde… Je ne eux pas concevoir un scientifique authentique qui n’aurait pas une foi profonde : la science sans la religion est boiteuse, la religion sans la science est aveugle. »
Mais quelle était donc sa propre religion, indépendamment du mysticisme cosmique qu’il a souvent exprimé ? Nous savons seulement que, sur le formulaire administratif qu’il eut à remplir en 1910 pour compléter son dossier de candidature à la chaire de physique de l’université de Prague, la mention d’une religion étant obligatoire, il se déclara « de religion judaïque parce que le dieu du juif Spinoza lui convenait ». Spinoza était panthéiste, Einstein devait donc l’être lui aussi peu ou prou.

c.) Le paradoxe d’une vie

À l’un de ses interlocuteurs, physicien de renom, qui lui demandait quelques explications à propos de son équation e=mc2, Einstein répondait ceci qui situe exactement le personnage : « L’équation me paraît esthétiquement parfaite, parce qu’elle comble chez moi un grand besoin d’unité ». Et il ajoutait : « Mais rassurez-vous, rien ne saurait libérer cette énergie qu’emprisonne à jamais la matière ».
Las ! Elle fut bel et bien libérée quarante ans plus tard, grâce aux travaux concordants d’une bonne douzaine de « Prix Nobel » aidés de collaborateurs de toutes disciplines et du plus haut niveau dans le cadre de l’opération qui prit le nom de « Manhattan Project ». Et le 16 juillet 1945, dans le désert du Nouveau Mexique à Alamogordo, explosait la première bombe atomique, prélude à celles qui allaient détruire en tout en partie Hiroshima et Nagasaki (6 et 9 août 1945).
« Nous avons fait le travail du diable » déclarait alors Oppenheimer, cet homme d’une immense culture qui avait dirigé et coordonné tous les travaux à cette fin.
Quand à Einstein, la tête dans ses mains, il ne cessait de répéter après Hiroshima : « Suis-je responsable de toute cela ? Ai-je la responsabilité de tout cela ? »
Là est le paradoxe. Pendant toute son existence de travail incessant zébré d’intuitions fulgurantes induisant à leur tour des réflexions métaphysiques nouvelles, Einstein avait saisi toutes les occasions pour dire son pacifisme, son amour de la concorde et de la fraternité parmi les hommes, sa haine de la guerre.
Et voilà que tout cela avait débouché sur des hécatombes en grande partie son propre fait. Non seulement, en effet, il avait dévoilé le secret qui lie la matière à l’énergie, mais il avait de surcroît écrit de sa main au président Roosevelt, toujours indécis, une lettre pressante l’incitant à autoriser la fabrication de la bombe atomique. Sans doute était-ce dans l’intention de battre de vitesse les savants allemands engagés dans la même recherche. Quoi qu’il en sot, Roosevelt jugea cette lettre si importante qu’il en fit conserver le texte original dans une capsule en granit à l’épreuve du temps : « Il y a des responsabilités devant l’Histoire qu’il vaut mieux partager » déclara-t-il à ses collaborateurs, puis, après une dernière hésitation : « Lancez donc l’opération Manhattan ! Et que Dieu seul nous juge ! ».
Pierre GERMAIN.


Billy et Jean-Paul

Cet article du Père René Beaupère est extrait du journal œcuménique Chrétiens en marche. Nous le publions avec quelque retard par rapport aux événements auxquels il se réfère.

Billy Graham, l’évangéliste baptiste, et Jean-Paul II, l’évêque catholique de Rome. Par une coïncidence fortuite dans ce numéro de Chrétiens en marche se faufile, si j’ose dire, entre ces deux géants de la Parole de Dieu. Vous devriez en effet lire cet éditorial (que j’écris avant la venue des deux hommes) entre le passage de Billy (20-27 Septembre) et de celui de (4-7 Octobre) qui se suivent l’un et l’autre aussi fortuitement.
Billy Graham ne sera en chair et en os qu’à Paris mais –miracle de la technique- il apparaîtra simultanément sur les écrans de nombreuses villes de France. Jean-Paul II ne visitera que la grande région Lyonnaise mais il draînera des fidèles venant de bien au-delà. Les deux événements ont donc une portée plus que locale.
Quoi de commun entre ces deux visiteurs ? Qu’ils viennent tous deux me parler de Dieu. Je suis en pleine communion de foi avec l’un deux dont je cite nom chaque jour à l’eucharistie. Mes liens avec le second sont moins étroits mais dans la dynamique œcuménique, je suis en marche avec lui vers une communion plus profonde.
Je ne me retrouve parfaitement ni dans les prédications de l’un ni dans celle de l’autre quoi qu’il y ait de sérieuses différences entre elles. Et je ne suis pas tout à fait à l’aise avec le style d’aucun des deux. Je me méfie de la « satellisation » de la Bonne Nouvelle et je ne goûte guère les rassemblements de masse. Je ne me sens ni américain ni polonais, ni de l’Ouest ni de l’Est.
Serais-je donc au centre ? En tout cas je serais bien fat si j’estimais détenir tout seul, et la vérité et la manière de la dire.
Alors quelles que soient mes réserves, j’ai décidé d’écouter ces deux frères, hérauts de l’Evangile, et de faire mon profit de ce que l’un et l’autre m’auront annoncé au nom de l’unique Seigneur Jésus Christ.
Au milieu du grand vacarme soulevé par leur venue, j’espère être touché, toute au fond de mon cœur, par la brise légère de la Parole qui a mis en marche naguère le prophète Elie.

René BEAUPÈRE

 


C.P.P.A.P. n° 23-309
Abonnement annuel : 150 F
Directeur de la publication : René BERTEROTTIÈRE
Dépôt légal : Décembre 1986