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Bulletin de l'Amitié d'octobre 1959, extraits

Tableau des cultes

4 Rentrée ....................................Chateau

11 .............................................. Marchal

18 .............................................. Chateau

25 .............................................. Marchal

1er Novembre. Réformation ....... Chateau


Dire et faire

Vous avez reconnu, dans cette opposition, l'un des « lieux communs » de la morale et de la religion. Mais, comme tous les lieux communs, celui-ci définit une exigence fondamentale. On peut se passer de boissons savamment préparées mais non pas d’eau claire. On peut de même se dispenser de dialectiques subtiles, mais non pas de bon sens. Le lieu commun, c'est la banalité. Sainte, amicale banalité! (Comme son nom l’indique. elle concerne « tout le monde ». Et tout le monde a besoin d’honnête simplicité, de droite raison, de chaleureux accueil.

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Dire, faire... Prenons garde toutefois de ne pas donner à cette opposition un caractère simpliste. La parole n’est pas nécessairement artificielle et parler, — parler quand et comme il faut — est une excellente chose.
Parler suppose d’abord qu'on a une conviction. Une conviction, c’est un choix et une victoire. Tant d’éventualités s’offrent à nous, tant de doctrines et d’idées contradictoires. Leur diversité même semble être une invitation au scepticisme. Toutes ces vérités en contestation ne sont peut-être que d’agressives erreurs ou de stériles ouragans, —— des mots en tout cas et non des preuves. Voici pourtant que dans cette forêt des possibles nous traçons un chemin. Nous disons non a cette clairière facile et oui à cette pente broussailleuse. L’expérience, la réflexion, jointes a cette vieille sagesse où se sont alimentés tous les âges nous conduisent a un choix. Ma conviction, c’est moi, mon effort, mes luttes, mon âpre joie d’homme. Alors, laissez—moi le droit d’en parler, d’en parler simplement, mais d’en parler enfin.
Parler, c’est encore s’exprimer,· au sens propre : sortir de soi, se révéler, surgir de ses cachettes et de ses embuscades, dire ce que l’on est. Il est juste que les autres sachent quel est cet homme qui passe. Parler, c’est lever son masque, renoncer et son déguisement. Le Maître, sévère pour les verbalismes, n’en a pas moins déclaré : « De l’abondance du coeur la bouche parle. » O ces lourds silences qui, au sein même de la famille, s’installent si souvent. Rien, plus rien à se dire, sous prétexte qu’on le sait déjà. Et la vie passe, avec ses drames on ses sortilèges, et ces tendresses que l’on tait. La parole est un des aspects de l'action. Les idéologies contemporaines le savent bien, dont la propagande, écrite ou parlée, est la condition, parfois tragique, de l'efficience. « J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé », traduit non seulement l'expérience ardente de Paul, l’apôtre,mais aussi le témoignage normal de toute conscience ici—bas.
Par équilibre, notons que si « dire » n’est pas mauvais en soi, « faire, agir » n’est pas automatiquement bel et bon. Sans parler des actions positivement mauvaises — · qui ne sont pas en cause ici, comme le fanatisme ou la haine — l’action peut s`énerver dans un pragmatisme a courte vue, dans un activisme· brouillon, ou dans une concurrence impitoyable. Que de crimes, non prévus, sont entraînés et excusés parce qu’on appelle les impératifs de l'action...

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Ces distances à l’egard du dire et du faire etaient nécessaires à prendre afin de bien comprendre l’avertissement sévère et non dépourvu d’ironie de Jesus. « lls » disent et ne font pas. Qui, « lls » ? Des hommes quelconques, des hommes comme ça, comme il y en a beaucoup ? Justement pas. Il s’agit des professionnels des choses saintes, des Scribes et des Pharisiens. Et le sarcasme de Jésus fait tableau. Ecoutez et voyez en même temps : « Jésus dit à la foule: les Scribes et les Pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse. Faites donc et observez tout ce qu'ils vous disent. Mais ne les imitez pas; ils disent et ne font pas. Sur les épaules des hommes ils lient de fortes charges. Quant à eux, ils n'y touchent pas du doigt. Mais sur leurs robes de larges versets sont cousus; aux quatre coins de leurs manteaux de pieuses houppes pendent ... » Aucun antisémitisme, d'ailleurs, dans ce spirituel croquis. Jésus, fils d’Israel, ne leur reproche pas d’être juifs, mais d’être de mauvais juifs. Les Scribes, les Pharisiens? Excellentes gens, quand ils l’étaient vraiment. Le Christ en avait pour amis: il allait dîner chez eux et, même, les Pharisiens l’avertissaient des ténébreux projets d’Hérode a son endroit! (Luc 23:31). Etre assis dans la chaire de Moïse, c’est-à-dire être ses héritiers et ses interprètes, quel privilège et quel honneur! Jésus a vénéré la Loi et les Prophètes. Il n’y a rien ajouté, pas même l’amour des ennemis, expressément enseigné par l’Ancien Testament (Exode 23:4 ; I Rois 3:11). Il est venu, dit-il, non pour abolir tout cela, mais pour l’accomplir, pour l’incarner, aux jours du roi Hérode, et sous Ponce Pilate, et toujours. Là est l'originalité de l’Evangile : une personne, une vie...
Moïse, la chaire de Moïse? Ah! Le Décalogue, qui résume toute son œuvre, n’est-il pas aujourd’hui, la charte la plus audacieuse, la plus révolutionnaire? Ne la cherchez pas dans la poussière des vieux âges.Elle vous précède, très loin, a l’horizon. Tout y est : le Dieu unique, et qui veut l’homme honnête et fraternel. Morale sociale, familiale, personnelle, et jusqu’aux devoirs envers les bêtes, et jusqu’au droit légal au repos... Prodigieuse, prophétique rhapsodie du devoir et de la sainteté... Fresque immense que de contentieux, docteurs avaient transformée en miniature. Ce que Jésus dénonce, c’est le dur formalisme des bien-pensants attitrés, l’étroitesse de leur esprit, la sécheresse de leur coeur. Plus tard, Saint Jacques dira que les démons sont de parfaits monothéistes, « qu’ils croient en Dieu et qu’ils font bien, mais qu'ils tremblent » (Jacques 2 : 19). Pourquoi tremblent—ils ? Parce qu’ils n’aiment pas.

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Et cela nous conduit aux applications personnelles de notre texte. Nous avons trop tendance à charger certaines catégories sociales ou religieuses des travers et des fautes qui sont au fond le triste lot de l’humanité tout entière. Il n’existe ni classe messianique ni collectivité réprouvée.
La vertu et le vice ne sont ni tout d’un côté, ni tout de l’autrc. ll n’y a pas de jugements-types, concernant tel ou tel groupement géographique ou culturel. Tout au plus relève-t-on quelques comportements exterieurs et qui ne sont pas le fond des choses : « lls », c’est nous...
Nous voici donc affrontés aux valeurs dont nous nous réclamons, et qui nous jugent. Elles nous jugent, car nul ne saurait, « faire » vraiment, ce qu’en toute loyauté il « dit » et croit, du fond de son coeur. Vivre, c'est. trahir, plus ou moins, mais toujours. Le fidèle ne peut pas ne pas être infidèle et il n’est guère de conscience plus tragique que celle des grands saints. Precisément parce qu’ils mesurent mieux ce qu’ils n’ont pas fait.

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Alors, dira-t-on, n’est—ce pas la notre excuse? Notre devoir trop grand, trop haut, n’est—il pas par là—même notre absolution? Certainement, s'il s'agit d’une conception fantastique du devoir, abstraction intemporelle, sainteté théorique, sans rapport. avec la nature humaine et à propos de laquelle on a le droit de dire à ceux qui l'exposent doctoralement : « Nous vous entendrons là—dessus une autre fois. » La note juste a été donnée par le Christ en ce qui concerne l’absoluité du devoir, quand il a dit paradoxalement: « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » Cette déclaration prise à la lettre ne serait pas même un blasphème, mais une absurdité puisque, pour être parfait comme Dieu, il faudrait commencer par devenir Dieu soi-même. Or, le Christ ne disait pas d’absurdité. L’esprit de cette parole en situe la lettre, et nous absout, évidemment des manquements non au Bien, mais au théorème et au roman du Bien.
Ainsi, le Maître ne nous demande pas d’être sans reproche, lorsqu’il exige de nous de faire ce que nous disons, mais bien de prendre au sérieux les impératifs de notre foi. Le vrai coupable, c’est le simulateur et non le pécheur qui souffre de sa faute. Spirituellement, l’homme est beau quand il prend conscience de sa laideur, quand il renonce à ses grands airs, à son ton péremptoire, à son emphase. Pascal a mieux dit, en écrivant : « La grandeur de l’homme consiste en ce qu’il se connaît misérable. » Pour autant nous échappons aussi bien a l’hypocrisie qu’au dolorisme officiel des traités et des livres. A prendre l’idéal chrétien comme une addition de devoirs, on aboutirait à nier qu’il eût existé un chrétien quelconque, sur la terre comme au ciel. Le but que le croyant s’assigne dans son activité terrestre n’est pas de faire de son âme le site du Royaume de
Dieu, mais le lieu d’une vie pleinement humaine, c’est-à-dire pleine de défaillances assurément, mais pleine aussi d’amour et de repentir, qui réparera autant qu’elle le pourra ses fautes, croira a la justice et à la bonté, refusera obstinément l’absurdité et la haine et aura la volonté de s’en remettre de tous ses reniements, à Celui qui pardonne et qui guérit.
En définitive, il s’agit moins de « faire » que « d’être ». Les actes ne font pas la personne. C’est la personne qui fait les actes, qui les provoque et les qualifie. Luther, à propos de la querelle des mérites, disait avec son robuste bon sens : « Ce n’est pas à force de faire de bons fruits que l’arbre devient bon; c’est parce qu’il est bon, c’est—à—dire dans son ordre, qu’il produit de bons fruits. »

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Je pense à l’Eglise universelle et séculaire, non à je ne sais quelle entité métaphysique ou à aucune de nos églises particulières, si chère qu’elle nous puisse être. Je pense à cette Église de tous les temps et de tous les hommes où se retrouvent toutes nos confessions et toutes nos chapelles, unies dans de mêmes misères et dans de mêmes rédemptions.En dépit de sa pauvreté en oeuvres bonnes, elle a chanté le grand refrain, elle a travaillé, labouré des terres revêches et engrangé, par la grâce éternelle, de fabuleuses moissons.
L’Église non exclusive, -c’est si facile!- mais inclusive, maison du grand accueil, pour dire a tous la rude et nécessaire parole de justice, celle aussi de la douceur et de la consolation. Que la parole doive se faire chair, c’est le mystère du Christ. C'est aussi celui de tous les hommes de bonne volonte, les grands, les évidents, nos bergers et nos maîtres. Les modestes également, qui vivent et meurent sans bruit mais auprès desquels il fait bon, parce que leur exemple et leur force tranquille donnent à nos existences plus d’amour et de vérité.
G. M.


Rentrer

Rentrer suppose évidemment qu’on était parti.
C'est vrai, et c’est faux. C'est faux, si l’on entend par la que l’église a fermé ses portes et est partie en vacances. En fait, tous les cultes ont été célébrés, et les baptêmes et les mariages. De vénérés amis, hélas, nous ont aussi quittés, dont les Pasteurs ont salué la mémoire. Ceux qu’onappelle « les Pauvres » n’ont pas été oubliés, et, dans les camps de vacances, la jeunesse a chanté son « psaume sous les étoiles ».
Il est vrai, pourtant, qu’on est parti, et bien parti. Les assemblées dominicales, réduites à soixante ou cent fidèles —— ce qui ne signifie pas, en cette période de l’année, que les absents aient été infidèles;——— montraient assez que les Parisiens avaient largement déserté leur ville. Ils rentrent
maintenant, ou sont rentrés : un peu en avance, puisque la plupart des écoles ou lycées ont rouvert le 15 septembre.
Pour beaucoup de raisons, nous maintenons le premier dimanche d’octobre comme date effective de rentrée, aussi bien pour le culte que pour l’École du dimanche. Mais l’Instruction religieuse, elle, n’a aucun motif d’attendre novembre pour reprendre ses activités. Dès la mi-octobre, elle recommencera.
Au seuil d’une nouvelle étape, il nous est doux de redire à nos amis notre joie de les retrouver. « C'est toujours la même chose »,  penseront certains. Assurément, ~—- comme l’air qu’on respire et le pain qu’on mange sont toujours « la même chose ». C’est pourtant de ces mêmes choses-là qu’on vit...
Puissions—nous en prendre à nouveau conscience, dans la joie des tendresses et des labeurs partagés.

 


Dans la paroisse

  • Le culte de rentrée (Pr Chateau) aura lieu le dimanche 4 octobre à 10h15. Ce même jour, l'Ecole du dimanche (6 à 12 ans) reprendra à 9h15. Il importe que nos jeunes amis soient présents dès le premier jour.
  • Dimanche 25 octobre, à l'issue du culte, service mensuel de Communion.
  • Le culte de Réformation sera célébré le Dimanche 1er Novembre.
  • Etude biblique. Salle du second, le mercredi 14 octobre à 20h45. Evangile selon Saint Jean (suite). Evocation des études antérieures et physionomie spirituelle de l'Evangile (Pr Marchal). Sa signification pour notre temps.
  • Club des jeunes. Salle Wautier (second étage), le mercredi 28 octobre. Dîner amical de rentrée, à partir de 19h, suivi d'échanges de vue sur les projets à envisager. Responsable: Roland Friedel.
  • Cercle d'Etudes. Salle Wautier, le jeudi 29 octobre, à 20h45, « notre voyage en Russie ». Quatre amies du Foyer de l'Âme, Mme Boiteux-Vèzes, professeur agrégé de sciences naturelles, Mme Mazoué, docteur es sciences, Mme Migot et Mme Georges Marchal ont fait ensemble, au cours de l'été, un voyage en U.R.S.S. Elles évoqueront pour nous leurs impressions et projetteront sur un écran les vues qu'elles ont prises.
  • Notre vente annuelle aura lieu, comme l'an dernier, à la maison de la Chimie, 28 bis, rue Saint Dominique, le samedi 21 Novembre de 10 heures à 19 heures, avec déjeuner genre Self-Service. Nous disposerons cette fois de la vaste salle de  « gala » qui permettra aux comptoirs de n'être plus éparpillés dans des salles différentes.
    Le comité de la vente demande aux personnes qui veulent bien tricoter de la layette, d'employer, de préférence, de la laine blanche. De plus nous accepterions avec reconnaissance des travaux de couture, genre tabliers de dame. Des adresses de grossistes, pour quelque comptoir que ce soit seraient aussi les bienvenues.
  • Chorale. Première séance, lundi 28 septembre 19h15 Salle Wautier. C'est notre chorale qui chantera au culte par T.S.F. du 11 octobre, sous la direction de Muriel Allin.

 


Instruction religieuse

Nous rappelons qu’elle est ouverte aux jeunes, à partir de 13 ans. ll est souhaitable de s’en tenir à cet âge, qui implique déjà une certaine maturité d’esprit. ll est évident qu’après entente avec les familles, cet âge peut être avancé si, pour telle ou telle raison sérieuse, la chose semble opportune.

Les catéchumènees ont le choix entre deux jours :
-le mercredi, de 18 à 19 heures, cours de M. le PF Chateau ;
-le jeudi, de 14 h. 30 à 15 h. 30, cours de M. le PF Marchal.
Ces cours, qui ont lieu salle du second (salle Wautier), reprendront respectivement le mercredi 14 et le jeudi 15 octobre.

 


Obstacles à la Foi

Le livre du Pr Marchal paraîtra avec un certain retard dont il est le premier à s'accuser, et à s'excuser. En ce genre de choses, les retards ne sont que trop prévisibles. De plus, on ne transforme pas rapidement le « style parlé » de conférences en un texte suivi. Ces conférences, considérablement augmentées, pourvues de développements nouveaux et de références nombreuses, forment en réalité un livre, et non plus la reproduction corrigée de la parole.
Le sujet est en lui-même si important, il appelait des enrichissements, des adjonctions, des mises au point si divers qu'on nous pardonnera, du moins nous l'espérons, un nouveau délai de quelques semaines.
Le texte remis il y a quelques temps à l'éditeur, formera un ouvrage dont nous voudrions croire qu'il aura gagné en signification ce qu'il aura perdu en rapidité.
N.B. On peut toujours souscrire, au foyer de l'Âme, aux prix de 500 francs l'exemplaire, qui sera expédié franco.


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