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le focus du mois - février 2016

Être protestant libéral,

par Raphaël Picon (paru dans Evangile & Liberté, avril 2009)

Être protestant libéral, ce n'est pas s'arroger le monopole de la liberté de croire et de penser.
Ce n'est pas se réserver l'idée que l'amour de Dieu est pour tous, que Dieu se révèle ailleurs que dans le Christ, qu'il est au-delà de ce que nous disons à son sujet.
Être protestant libéral ce n'est pas s'attribuer le fait qu'Evangile et liberté s'appellent mutuellement. Cela, tous les chrétiens sont invités à le croire et le penser.
Être chrétien, c'est être libre, inspiré par l'Evangile du Christ, celui de l'insurrection de la vie contre la mort, de la libération contre toutes les aliénations (religieuses, politiques, économiques, culturelles, etc.). Cette liberté naît de se savoir reconnu et autorisé dans l'existence. Tel que je suis, et tel que je suis avec Dieu. C'est-à-dire continuellement recréé par Lui vers une existence plus épanouie et en lutte pour un monde plus accompli.
Être chrétien, c'est forcément associer l'Evangile à la liberté. Un Evangile sans liberté serait une foi tyrannique ; une liberté sans Evangile risquerait d'être sans amour.
Le protestantisme libéral n'est pas une variante parmi d'autres du christianisme : il cherche à incarner l'essence même du christianisme. Il oeuvre ainsi à rendre le christianisme possible. Il le libère de l'esprit d'orthodoxie qui souvent l'étouffe. Il préfère les questions ouvertes, celles qui rappellent que la vérité est toujours objet de recherche, aux réponses définitives qui contrarient la pensée. Il confesse un Dieu sans barbe, libéré de ses oripeaux mythologiques qui bêtifient la foi. Il lutte contre l'obscurantisme religieux, les dogmatismes et les sectarismes. Il n'a de cesse de rappeler que le Christ est l'utopie réalisée d'un être nouveau, libre, aimé.
Être un protestant libéral, ce n'est pas être le fidèle d'une chapelle de la liberté, c'est retrouver et vivre le christianisme lui-même, dans la liberté fondamentale à laquelle il nous appelle.

 

Raphaël Picon a irrigué la pensée du libéralisme théologique - et bien au-delà - par son rayonnement.
L'annonce de son décès représente une perte immense pour tous.
Nous pensons tout particulièrement à sa famille, à ses amis, et aussi à l'Eglise. Nous essaierons d'être fidèles à sa manière d'être, qui nous a tant apporté.