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Présentation de la cantate BBWV 104 de Johann Gottfried Bernhard Bach

Cantate BBWV 104 “O Pein, O Not, O großes Leid

Johann Gottfried Bernhard Bach

Bernhard Bach (de son nom complet Johann Gottfried Bernhard) est né à Weimar le 11 Mai 1715. On sait assez peu de choses concrètes sur lui ; on en est surtout réduit aux conjectures et déductions.

Il est le dernier enfant survivant de Barbara et Sebastian Bach, cadet d’un an de son frère Emanuel. A la mort subite de sa mère alors que son père est en voyage et ne revient que deux mois plus tard, il a seulement quatre ans. Il semble avoir une enfance difficile. Son père le décrit comme missraten*. A Leipzig, il est élève de l’école St Thomas; on sait qu’outre le clavier il joue de la flûte. Il n’a pas le même statut ni comportement que ses frères ainés, ne recopie aucune partie de cantate, ne compose aucune pièce pour le petit livre d’Anna-Magdalena. Manque de confiance de la part de son père, ou fainéantise ?

A l’âge de 20 ans il ne rentre pas à l’université comme ses frères mais obtient un poste d’organiste à Mülhausen sur recommandation de son père. Deux ans plus tard il quitte le poste criblé de dettes. Il est qualifié par ses connaissances de “futile” et “frivole”. Son père le recommande pour un nouveau poste à Sangerhausen, tout en épongeant les créances, ce qui tendrait à démontrer tout de même une certaine affection pour lui.

Il quitte la ville subitement un an plus tard sans prévenir, de nouveau lourdement endetté. On retrouve sa trace quelques mois après à Iéna où il s’est inscrit à l’université, mais meurt rapidement d’une fièvre inflammatoire à l’âge de 24 ans.

En épluchant les registres de la Thomasschule sur la trace de Salomon Pünktlig, le fils de l’auteur du livret de la cantate 53, que j’avais eu le bonheur de retrouver dans les archives de Coethen, j’ai découvert qu’il y partageait une chambre avec Bernhard Bach !

Le “fils perdu” fuyait-il un environnement familial pesant en préférant être interne ? Avait-il d’autres raisons ? J’ai ensuite eu la chance de découvrir à Frohenstadt dans le grenier de madame Hildegard von Blasen, dernière descendante des Pünktlig, la cantate “O Pein, O Not, O großes Leid”, transmise par Salomon à son neveu Johann. Le livret est une belle allégorie de la résurrection comme nécessaire et intense travail sur soi-même : on sent déjà là les prémices de l’Âge des Lumières.

On ne sait si cette cantate a été jouée. Nous n’avons aucun élément à part la mention sur la page de titre d’une société “David und Jonatas”. Peut-on aussi tirer d’autres conclusions du fait que Salomon Pünktlig était lui aussi parti à Iéna en 1737 ?

La cantate est dans un style musical proche de celui des autres enfants Bach, Friedemann par exemple, avec qui Bernhard partage parfois un style un peu archaïsant pour l’époque de leur père Sebastian. La construction de l’œuvre semble avérer les accusations de désinvolture dont son auteur fit l’objet (multiple emploi de ce qu’on appellerait maintenant “copié-collé” pour gagner du temps, etc…). On comprend néanmoins mieux maintenant par lequel de ses frères Elisabeth Juliana Friederica Bach a été le plus influencée, ce qui indiquerait que Bernhard a dû écrire d’autres musiques encore à découvrir !

Prof.Dr. Felix Krummschwull

Traduction Freddy Eichelberger, assisté par Salomé Haller.

* perdu, rebelle, difficile (NDT)